Pourquoi les jeunes sont-ils en détresse psychologique ?

Février 2021

Presqu’un an que ce virus a surgi dans nos vies et bouleversé nos habitudes. Bien que cette période de crise sans précédent puisse être synonyme de renouveau et de changements pour certains, elle amène son lot de difficultés et de mal-être pour beaucoup d'autres. Une chose est certaine : personne n’échappe totalement au climat anxiogène ambiant. Les distractions ? Un bon film au cinéma ? Une pièce de théâtre ? Une bonne séance à la salle de fitness ? Un menu trois services au resto du coin ? Une savoureuse bière spéciale avec des copains dans son bistrot préféré ? Un week-end romantique à Amsterdam ? Tout ça est passé à la trappe. Comme notre vie sociale. Les réunions familiales et les soirées animées entre amis se transforment tout doucement en souvenirs. Reste un peu de shopping ou les activités physiques à l’extérieur, mais on dirait que le cœur n’y est plus…
 
La patience s'amenuise. Une atmosphère électrique règne sur les réseaux sociaux. La moindre étincelle met le feu aux discussions. La majorité des personnes en ont marre. Du virus. Du confinement. Du couvre-feu. De la vaccination qui n’avance pas. Des réouvertures promises mais sans cesse reportées. De tout. 

Et les jeunes ? On ne les entend pas trop ces dernières semaines. C’est même ça qui est inquiétant. Et d’ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent pour tirer la sonnette d’alarme. Des médecins, des enseignants, des psychologues, des parents, … « Nos jeunes vont mal », nous disent-ils. Après avoir été montrée du doigt au début de la deuxième vague pour certains comportements insouciants, notre jeunesse et surtout son moral chancelant deviennent une réelle source d’inquiétude. Mais pour quelles raisons les jeunes semblent-ils plus souffrir de la crise sanitaire ? 

Le phénomène parait généralisé. En France, à l’occasion de la récente journée des Solitudes (tous les 23 janvier), une étude commandée par Astrée, l’association en charge de l’animation de cette journée, a révélé que 18% des Français sont confrontés à la solitude (contre 13 % il y a un an !). Au-delà de cette augmentation peu rassurante mais attendue, notre regard doit être attiré par la dénonciation d’un cliché : ce ne sont pas les plus âgés qui souffrent le plus de la solitude. Certes, 10% des 65-74 ans et 16% des plus de 75 ans ont exprimé un sentiment de solitude, mais c’est dans la tranche des 18-24 ans que ce dernier se fait le plus criant : 27% de ces jeunes adultes en souffrent. Le délégué général d’Astrée a une explication devant ces chiffres a priori déroutants. Tout le monde sait qu’un certain nombre de personnes âgées souffrent de solitude. Le problème est connu. A défaut d’apporter des solutions, au moins on en parle ou on ose en parler. La solitude chez les jeunes, c’est tabou ! Elle peut devenir l’objet de moqueries : « tu n’as pas d’amis ». Terrible, bien sûr, pour un jeune d’entendre cela. 

Des études menées par deux universités anglaises à travers le monde entier ont confirmé que les jeunes se sentent plus seuls que les personnes âgées. En fait, le sentiment de solitude diminue avec le vieillissement. Il proviendrait surtout de la sensation que les contacts sociaux entretenus ne sont pas aussi bons que l’individu l’espère. Une professeure explique que les attentes par rapport à la qualité des liens sociaux sont différentes en fonction de l’âge et décroissent avec le temps qui passe. En outre, il est évident que les besoins de socialisation des ados ne sont pas similaires à ceux de leurs grands-parents. 

Et en Belgique ? Les nouvelles fraîches ne sont pas spécialement réjouissantes. L’Université de Gand analyse le bonheur des Belges depuis 2018. Verdict ? De plus en plus de nos compatriotes se sentent malheureux (30% en décembre contre 22% avant le premier confinement). Et ici aussi, les jeunes encaissent mal le coup. Avec le renforcement des mesures suite à la deuxième vague (reconfinement, distanciation sociale, télétravail, auditoires fermés, couvre-feu, …), c’est la catégorie des 18-34 ans qui exprime le plus son sentiment de solitude (78% des jeunes sondés se disent modérément seuls à très seuls). 
 

Une autre étude dirigée par l’UCLouvain et l’Université d’Anvers mène à des constats similaires : plus on est jeune, plus on risque de connaître un état de détresse psychologique durant les soubresauts de cette crise interminable. Le nombre de consultations dans les services d’hospitalisation et aux urgences n'a d'ailleurs jamais été aussi élevé pour cette tranche d'âge. Les moins de 14 ans seraient les plus fragiles. Et à 20 ans, le risque est deux fois supérieur qu’à plus de 75 ans. 

L’être humain est un animal social. Nous avons tous besoin de contacts avec nos semblables, mais les jeunes un peu plus que les autres. Pourquoi ? Parce qu’ils sont en construction. En quête d’une identité propre, les ados doivent se différencier de papa-maman. Ils veulent leurs propres activités et ont besoin de les pratiquer avec leurs copains et copines. La jeunesse veut croquer la vie à pleines dents. Tout de suite. La jeunesse n’est pas le temps de la patience. Les ados et les étudiants expérimentent avec leurs pairs et partent s’amuser en groupe. Le regard des autres est capital. Or, cette expérience du vivre ensemble a presque complètement disparu. Elle est pourtant vitale.

École en distanciel, auditoires fermés, activités sportives suspendues, soirées et autres loisirs interdits… Les contacts physiques se sont réduits à vitesse grand V. Facebook, Whatsapp, Instagram, Zoom ou encore Tik Tok ont montré leurs limites. Ce que les jeunes veulent, c’est se retrouver, rire ensemble, mais aussi se toucher, se bousculer, se prendre dans les bras ou se tenir la main, s’embrasser, vivre !

Les jeunes sont également plus impactés que les plus âgés car, contrairement à ces derniers, ils ne disposent pas encore d'un « pot » de souvenirs, d'images et d'expériences antérieures dans lequel ils peuvent puiser pour tenir le coup durant cette attente interminable. C’était en substance le message développé dans l’éditorial du journal Le Soir du 24 janvier dernier et dont le titre était plus qu'évocateur : « Seuls les adultes peuvent supporter de perdre le temps qu'ils ont déjà eu ».


Nous allons finir par sortir de cette crise. Dans quelques semaines ou dans quelques mois, nous reprendrons tout doucement le cours d’une vie normale ou presque normale. Nos gouvernements se pencheront alors sur les conséquences économiques et sociales de la crise. Ce sera nécessaire, mais il ne faudra pas en oublier les dégâts psychologiques occasionnés par la crise du coronavirus et fermer les yeux sur la détresse mentale d’une bonne partie de la population. Tout le monde a fait d’immenses efforts pour protéger nos aînés (93% des personnes décédées du covid dans notre pays avaient plus de 65 ans). Les jeunes, pourtant les moins touchés par la mortalité du virus, ont participé à cet effort collectif colossal. Dans une société solidaire, ce serait un juste retour du balancier que d'être attentif à leur bien-être ainsi qu'à leur besoin essentiel de socialisation.

Ne perdons pas de vue que, souvent, les jeunes expriment moins spontanément ou plus difficilement leur sentiment de détresse et leur mal-être. L’entourage doit être vigilant, notamment aux messages ou signaux de détresse parfois distillés sur les réseaux sociaux, et donner l’occasion à la parole de s’exprimer. Les maux peuvent être en partie soulagés si on peut y mettre des mots. N'ayez pas peur de demander de l'aide à votre entourage ni à vous tourner vers des professionnels de la santé mentale si vous en ressentez le besoin.

En attendant la fin de cette crise, soyez conscient(e) qu'il est normal de traverser des moments de découragement et de vivre les émotions désagréables qui les accompagnent. Sans les nier, car elles vous informent sur des besoins qui ne sont pas remplis, questionnez-vous sur les apprentissages et les opportunités qui naissent de ces événements difficiles. Quelle nouvelle réalité avez-vous envie de créer ?

Et n’oublions pas qu’après l’hiver vient le printemps. Toujours.



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